Revue internationale
Université de Mostaganem-Algerie de communication sociale
VOL: 13 / N°: 01 / (2026) , p. p. 180/195 ISSN: 2437 – 1181
EISSN: 2710 – 8139

La construction de la légitimité et du capital social des militants politiques à l’ère
numérique.
The construction of legitimacy and social capital of political activists in the digital era.
Benkhennouche Abdelouhab ∗ 1 , Merah Aissa 2

1
Université Abderrahmane Mira - Bejaia, abdelouhab.benkhennouche@univ-bejaia.dz
https://orcid.org/0009-0008-5843-9469
2
Université Abderrahmane Mira - Bejaia, aissa.merah@univ-bejaia.dz
https://orcid.org/0000-0001-5823-4596

Reçu le: 12/01/2026 Accepté le: 28/03/2026 Publié le: 31/03/2026

DOI 10.53284/2120-013-001-012
Résumé:

Cet article examine comment les militants politiques du FFS en Algérie mobilisent Facebook
pour renforcer leur légitimité et leur capital social de militants partisans. Nous interrogeons
comment ils combinent communication institutionnelle et personnalisation des contenus afin
d’ajuster leurs prises de parole aux attentes du parti et des militants structurés et sympathisants.
Toutefois, des comptes concurrents de militants adverses ou automatisés, brouillent cette
stratégie en multipliant l’exposition à des opinions contraires. Cela peut fragiliser le
positionnement politique. La gestion de l’identité numérique devient alors décisive pour
préserver l’influence et réduire les effets de manipulation idéologique.

Mots clés: Légitimité politique; capital social ; identité numérique ; bulles de filtres ;
participation politique en ligne.

*
Auteur correspondant
180
La construction de la légitimité et du capital social des militants
politiques à l’ère numérique.

1. Introduction:

À l'ère du numérique, la participation politique connaît une transformation profonde,
notamment par l'usage croissant des réseaux sociaux numériques, désormais RSN, dont
Facebook. Ces dispositifs numériques dépassent leur fonction de simples outils de
communication pour devenir des espaces alternatifs de débat, de participation et de
légitimation sociale. (Merah, 2016) Dans ces espaces discursifs les militants politiques
interagissent, construisent et affirment leur légitimité en renforçant leur capital social au sein
d’une communauté en ligne. Cette interactivité dynamique soulève de nouvelles questions
quant à la gestion de l'identité numérique des militants, à l'influence des algorithmes sur la
formation de l'opinion publique, et au rôle des militants en tant que producteurs et diffuseurs
d’informations et du discours.

Dans ce contexte, la quête de légitimité devient un enjeu central pour les militants qui
s’engagent dans la participation politique en ligne. Pour influencer et mobiliser efficacement,
ils s’efforcent à être, non seulement, visibles et actifs sur un dispositif complexe comme
Facebook, mais aussi être perçus comme légitimes par leurs pairs, leurs adversaires et le
public. Inspirée par les travaux pionniers de Max Weber sur les types de domination légitime
(Weber, 2014), Or, dans l’espace numérique, cette légitimité tend à se jouer sur un mode plus
instable : elle se construit dans des ajustements continus, se vérifie dans l’instant, et se fragilise
parfois à la même vitesse qu’elle se constitue. La légitimité militante devient alors moins un
attribut durable qu’un équilibre précaire, sans cesse remis au travail par la circulation des
signes, la concurrence des récits, et les épreuves de visibilité.

Le numérique n’est donc pas seulement un espace d’émancipation ; il est aussi une arène
de concurrence symbolique, où l’on peut gagner en audience tout en perdant en sécurité, en
stabilité ou en capacité de contrôle sur ses propres conditions de diffusion et ce, sous l’effet
des logiques d’exposition, de surveillance et de régulation propres aux plateformes. Et c’est
sans doute l’un des points les plus concrets pour penser l’action politique aujourd’hui : l’accès
à la parole ne se joue plus seulement dans l’autorisation institutionnelle ; il se joue aussi dans
la capacité à tenir une présence dans la durée, à accepter la conflictualité, à maîtriser des
rythmes d’exposition, et, plus largement, à supporter les incertitudes ordinaires imposées par
l’environnement de la plateforme (Merah et al., 2021).

À travers cette quête de légitimité, l’analyse de l’identité numérique des militants révèle
également la nécessité d’évoquer la notion du capital symbolique. Cette notion s’avère
essentielle pour comprendre comment ces acteurs acquièrent et maintiennent leur
reconnaissance par les membres des communautés en ligne via les RSN. Ce capital
symbolique, tout comme la légitimité, est influencé par les dynamiques propres aux dispositifs
numériques, construit par l’engagement constant et les interactions de chaque militant avec son
audience. Bien avant l’invention des RSN, (Bourdieu, 1986) a proposé un cadre qui éclaire la
manière dont la légitimité, à l’instar du capital social, se constitue et se préserve au sein des
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Benkhennouche Abdelouhab, Merah Aïssa

dynamiques sociales. Évoluant dans un environnement où leurs actions et discours sont
constamment scrutés, les militants doivent ajuster leur image et leurs interactions pour
maintenir cette légitimité. Ce processus est rendu encore plus délicat par la nature performative
des interactions en ligne, comme l'a déjà décrit (Goffman, 1959) qui postule que toute
interaction sociale est une forme de performance où les individus contrôlent l'impression qu'ils
donnent aux autres. Ces dispositifs numériques permettent également la formation de
différents types de capital social, comme l'a décrit (Putnam, 2000) : le Bonding Social Capital
(capital social de liaison) renforce les liens étroits au sein de communautés homogènes, tandis
que le Bridging Social Capital (capital social de pontage) crée des connexions diversifiées
entre individus de différents horizons. Cependant, nous ne pourrions saisir pleinement cette
perspective sans nous référer à l’analyse de (Mésangeau, 2021), qui vise à éclairer comment
les interactions au sein d’une communauté numérique peuvent non seulement refléter, mais
également reconfigurer les diverses formes de capital social, influençant ainsi de manière
significative le positionnement et la perception des militants. Cependant, Mésangeau souligne
également les limites inhérentes au dualisme traditionnel des liens sociaux, qui les réduit à des
catégories expressives (affectives) ou instrumentales (utilitaires). Il propose d’intégrer la
notion de (lien latent) pour dépasser cette dichotomie. Ce concept, initialement formulé par
(Haythornthwaite, 2002), désigne des relations numériques inactives mais techniquement
activables à tout moment. Ces liens latents, particulièrement fréquents sur des RSN permettent
aux individus de maintenir une forme de connexion en attente, sans engagement immédiat. Ils
constituent une modalité relationnelle spécifique aux environnements numériques et révèlent
une plasticité des liens sociaux qui échappe aux cadres théoriques traditionnels. Ainsi, en
reconnaissant cette troisième catégorie, il devient possible d’actualiser l’analyse du capital
social numérique et d’enrichir notre compréhension des dynamiques relationnelles propres aux
réseaux sociaux numériques. Cependant, notre recherche a révélé un autre vecteur technique
influent : les algorithmes des RSN , notamment Facebook, qui créent des bulles de filtre. Ces
algorithmes tendent à renforcer les convictions préexistantes des utilisateurs en les exposant
principalement à des contenus similaires, tout en créant une réalité biaisée en les confrontant
de manière répétée à des perspectives opposées. Le concept de bulles de filtre, introduit par
(Pariser, 2011), complique cette dynamique en personnalisant les contenus, créant ainsi des
environnements informationnels homogènes, souvent qualifiés de « chambres d'écho
»(Flaxman et al., 2016). Cette exposition répétée à des perspectives contraires, souvent
amplifiées par des trolls et des campagnes de désinformation (Bradshaw & Howard, 2017),
peut affaiblir la légitimité et le capital social des militants en créant une réalité perçue où ils se
sentent isolés ou minoritaires. (Marwick & Lewis, 2017) notent que, bien que le dialogue avec
des opinions divergentes puisse être enrichissant, l'amplification de ces contradictions par des
acteurs malveillants représente un risque important. (Sunstein, 2009) souligne également que
la personnalisation algorithmique peut limiter l'exposition à une diversité de perspectives,
enfermant les utilisateurs dans des réalités parallèles qui affaiblissent le débat public et la
cohésion sociale. C'est dans ce contexte que l'analyse de l'opinion publique à l'ère du
numérique prend une dimension nouvelle. Les algorithmes des plateformes comme Facebook
jouent un rôle déterminant dans la manière dont cette opinion est construite et influencée.
182
La construction de la légitimité et du capital social des militants
politiques à l’ère numérique.

(Righi, K., & Fellag, C. S. (2022). Le militant, évoluant au sein de ces dynamiques
numériques, n'est pas seulement un récepteur passif, mais aussi un producteur et diffuseur
d'idées. Selon (Touraine, 1984) et (Melucci, 1996), le militant participe activement à la
transformation sociale en mobilisant des groupes autour de projets innovants. Ce rôle va au-
delà de la simple transmission de messages ; il implique une réinterprétation constante des
idées pour les aligner avec les réalités sociales qu'il cherche à influencer. (Snow, 2001)
soulignent que la capacité à construire des cadres interprétatifs cohérents est essentielle pour
convaincre et mobiliser au sein des arènes publiques. Cela illustre comment le militant
contribue activement à la construction et à la diffusion de récits sur les plateformes numériques
comme Facebook. Dans le cadre de la participation en ligne et de la quête de légitimité,
l'identité numérique des militants émerge comme un processus de négociation constant.
(Castells, 2010) met en lumière comment cette identité est continuellement reconfigurée par
les interactions en ligne, où les attentes des autres et les dynamiques sociales influencent la
perception que les militants ont d'eux-mêmes et celle que les autres ont d'eux. (Georges, 2009;
Papacharissi, 2011) approfondissent cette analyse en évoquant les différentes facettes de
l'identité numérique, notamment la manière dont les utilisateurs se présentent (identité
déclarative), interagissent (identité agissante), et sont perçus (identité calculée) en ligne.
(Giddens, 1991) ajoute que la construction de l'identité devient encore plus complexe dans la
modernité, où les individus sont confrontés à des flux d'informations contradictoires. Ainsi, cet
article se propose d'examiner comment les militants du FFS construisent leur légitimité et leur
capital social à travers leur participation en ligne, tout en naviguant dans un environnement
numérique construit par des dynamiques algorithmiques et des cadres interprétatifs qu'ils
contribuent eux-mêmes à établir. La recherche interroge les interactions des militants sur les
plateformes numériques, la gestion de leur identité, et l'impact de ces dynamiques techniques
et algorithmiques sur leur perception de l'opinion publique. Notre question principale :
Comment les militants du Parti politique algérien, le Front des Forces Socialistes, FFS,
construisent-ils leur légitimité et leur capital social à travers leur participation en ligne sur
Facebook?
Pour ce faire, nous l’avons bifurquée en deux questions secondaires
1. Comment les militants du FFS adaptent-ils leur identité numérique pour renforcer leur
légitimité et leur capital social lors de leur participation politique en ligne?
2. Comment les bulles de filtre créées par les algorithmes influencent-elles la perception et
l’appréhension de l’opinion publique ?
A Partir de cette problématique nous formulons les hypothèses suivantes pour guider notre
recherche
1. Les militants du FFS construisent leur légitimité en ligne en répondant simultanément aux
attentes du parti et des citoyens à travers l’adoption d’une stratégie de participation sur
Facebook.
La première hypothèse suggère que la légitimité des militants est liée à leur capacité à naviguer
entre les attentes contradictoires du parti et celles du public, et que cette légitimité contribue
directement à leur capital social.
183
Benkhennouche Abdelouhab, Merah Aïssa

2. Les bulles de filtre numérique peuvent à la fois renforcer les convictions préexistantes des
militants et créer une opinion publique biaisée lorsqu'ils sont exposés à des perspectives
contraires, ce qui peut affaiblir leur engagement politique.
Quant à la seconde, elle met en avant le risque que les militants, en recherchant activement
des opinions divergentes, finissent par croire que la majorité est contre leurs convictions, ce
qui peut affaiblir leur engagement en ligne.
2. Cadre méthodologique de notre recherche
Dans cette recherche, nous avons adopté une démarche méthodologique adaptée des
entretiens semi-directifs et l’analyse des contenus numériques écrits à savoir les publications et
les commentaires. C’est pourquoi, nous avons de même fait appel à l'analyse des traces
numériques et à la méthode de la visite commentée. Ces choix méthodologiques sont motivés
par la nécessité de comprendre à la fois les perceptions des militants et leurs pratiques
numériques.

Notre guide d’entretien1 est composé de trois thèmes complémentaires qui ont été choisis
pour permettre une exploration approfondie des expériences personnelles des militants tout en
laissant une certaine flexibilité dans les réponses afin de favoriser un équilibre entre structure
et spontanéité, à savoir ;

-Thème 1 – Identité numérique : Questions sur la manière dont les militants se présentent en
ligne, gèrent leur image publique et interagissent avec leur réseau.

- Thème 2 – Légitimité en ligne : Exploration des stratégies utilisées pour renforcer leur
légitimité auprès de leurs pairs, du parti et du public.

- Thème 3 – Bulles de filtre et algorithmes : Questions sur leur perception de l’impact des
algorithmes sur leur visibilité et sur la formation de l’opinion publique.

2.1 Le choix de la population d’étude
Dans le cadre de notre étude, nous nous penchons sur un groupe spécifique : les militants
du FFS actifs sur Facebook affiliés à la Fédération de la wilaya de Béjaïa, l’étude touchera
aussi des responsables au sein de cette fédération ainsi que des membres du Conseil National
du FFS. En effet, étant que la population d'étude, dans une recherche qualitative, désigne le
groupe spécifique d'individus ou d'entités que le chercheur souhaite comprendre.
- Affiliation au FFS : Nous nous concentrons sur les individus associés au FFS.
- Activité sur Facebook : Notre exploration s'est centrée sur les militants manifestant une
présence notable en ligne sur ce Réseau. Cette démarche a débuté par une observation directe
sur Facebook, où nous avons interagi avec des militants démontrant une vivacité particulière,
notamment à la suite des élections locales de 2021 (APC/APW). Cette approche a été

1
-Compte tenu de la sensibilité de certains propos liés à l’actualité interne du parti politique, nous avons obtenu le
consentement éclairé et explicite des répondants.

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La construction de la légitimité et du capital social des militants
politiques à l’ère numérique.

complétée par notre connaissance personnelle de certains militants reconnus pour leur
activisme sur le réseau social Facebook.
Tableau 1:Informations personnelles des sujets

Comptes Facebook
Date Page
gen Compte
Sujets âge Statut au sein du FFS d'adhési Facebook Page Facebook à
re personn
on dédiée au contenu diversifié
el
parti
*Ancien Maire
HACHE *Elu APW
63 M 1989 X
MI. A *Membre du Conseil
National
*Premier responsable
de section FFS local.
SAID. B 35 M 2011 X X X
* Membre du Conseil
National
MASSIN *Elu APC
30 M 2016 X X
ISSA. K * Membre Fédéral
*Elu APC
Fayçal.
35 M * Membre de Section 2017 X X
M
local
Hanafi.
53 M * Ancien Maire 1989 X
G

2.2 Hiérarchies statutaires et engagement numérique : présentation des répondants sur
sur Facebook
Le tableau met en lumière les caractéristiques sociodémographiques, les statuts politiques
et l’utilisation des réseaux sociaux par des militants du Front des Forces Socialistes (FFS).
Dans le cadre de cette recherche, l'absence de femmes parmi les militants étudiés ne doit pas
être interprétée comme une simple reproduction des rapports de domination masculine, mais
comme une conséquence directe des critères méthodologiques adoptés. En effet, la méthode de
sélection par choix raisonné, privilégiée dans cette étude, repose sur un processus de
recommandation où aucun sujet interrogé n’a orienté vers une militante féminine. Ce constat
reflète non seulement une réalité organisationnelle spécifique au Front des Forces Socialistes
(FFS), mais aussi des dynamiques sociales propres au contexte local. Louiza Ait Hamadouche,
in, (En Algérie, l’inclusion des femmes en politique reste sélective, s. d.) (voaafrique, 2021)
analyse l'inclusion sélective des femmes politique en Algérie et montre que, malgré des
avancées législatives comme les quotas, les femmes restent souvent absentes des postes
décisionnels ou invisibilisées dans les processus de représentation au sein des partis politiques.
En effet, Cette absence peut s’expliquer par plusieurs facteurs. D’une part, elle pourrait refléter
une moindre visibilité ou participation des femmes dans les sphères militantes locales ou
numériques, ce qui limite leur intégration dans les réseaux de recommandation. D’autre part,
elle met en lumière la manière dont les réseaux sociaux et les interactions militantes sont
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Benkhennouche Abdelouhab, Merah Aïssa

structurés par des logiques relationnelles où les figures masculines semblent davantage mises
en avant. Cela ne signifie pas nécessairement que les femmes sont absentes du militantisme au
sein du FFS, mais plutôt qu’elles ne sont pas perçues comme des figures centrales ou
représentatives par les autres militants interrogés.

2.3 Répartition par âge et statuts
Le tableau révèle une diversité générationnelle avec un âge moyen de 43,2 ans. Les
jeunes adultes (30-35 ans) représentent 60 % des membres, tandis que les seniors (53-63 ans)
occupent des postes prestigieux comme "Ancien Maire" ou "Élu APW". Cette répartition
intergénérationnelle illustre une tentative d’équilibre entre expérience politique et
renouvellement générationnel. Les statuts au sein du parti montrent une hiérarchie claire. Les
anciens maires et élus régionaux incarnent une légitimité institutionnelle fondée sur
l’expérience et l’ancrage local. À l’inverse, les jeunes élus APC ou responsables locaux
traduisent une dynamique ascendante, mais leur légitimité reste à consolider, notamment par
leur visibilité en ligne. Cette diversité statutaire reflète l’importance de combiner capital
symbolique (expérience) et capital social (réseaux) pour maintenir la cohésion interne tout en
répondant aux attentes externes.

3. Diversification des contenus : entre engagement partisan et personnalisation

Cet usage différencié de Facebook par nos enquêtés met en évidence deux types
principaux de stratégies numériques parmi les militants :

a. Stratégie institutionnelle : Les militants du Front des Forces Socialistes (FFS) qui gèrent
des pages Facebook dédiées au parti adoptent une stratégie institutionnelle qui dépasse la
simple diffusion d’informations. Cette approche, comme l’a souligné (M, 2024), repose sur
une gestion collective et rigoureuse des publications, où chaque contenu est soumis à
l’approbation préalable des membres de la section locale et, dans certains cas, des cadres
fédéraux du parti. Cette méthodologie vise à garantir la cohérence du message politique tout en
renforçant les liens internes entre militants. En agissant ainsi, ces militants se positionnent
comme des relais institutionnels essentiels, consolidant ce que (Putnam, 2000) désigne comme
le bonding social capital (capital social de liaison), c’est-à-dire les liens étroits au sein d’une
communauté homogène.

Cette stratégie institutionnelle joue un rôle clé dans la légitimation des militants en ligne.
En centralisant et en validant les contenus publiés, ils incarnent une autorité reconnue au sein
de leur réseau militant, ce qui renforce leur capital symbolique (Bourdieu P. (., 1986). Ce
processus de légitimation s’appuie également sur l’interactivité permise par Facebook, où les
publications deviennent des espaces d’échange et de mobilisation. Par exemple, les

186
La construction de la légitimité et du capital social des militants
politiques à l’ère numérique.

commentaires et partages permettent aux militants de mesurer l’impact de leurs actions et
d’ajuster leurs messages en fonction des attentes de leur audience.

Par ailleurs, cette stratégie institutionnelle contribue à définir un nouveau type de
militantisme numérique. (Guenana, 2024) qualifie ces militants actifs sur les réseaux sociaux
de "super-militants", soulignant leur rôle important dans la défense des principes et objectifs
du parti. Ces acteurs ne se contentent pas de relayer des informations : ils participent
activement à la construction d’un discours collectif qui renforce la cohésion interne tout en
projetant une image forte et cohérente vers l’extérieur.

En effet, la gestion d’une page Facebook dédiée au parti illustre une stratégie
institutionnelle sophistiquée qui combine rigueur organisationnelle, engagement collectif et
performativité numérique (Goffman, 1959.) Ces pratiques permettent aux militants de
renforcer leur légitimité et leur capital social tout en s’adaptant aux dynamiques propres aux
plateformes numériques.

b. Stratégie personnalisée: Les militants qui adoptent une stratégie personnalisée sur
Facebook, comme le montre (Said.B, 2024) dans le tableau, combinent engagement politique
et partage de contenus variés, mêlant des publications partisanes à des thématiques
personnelles ou générales. Cette approche hybride leur permet de dépasser les cercles militants
traditionnels en touchant un public plus large, favorisant ainsi ce que (Putnam, 2000) désigne
comme le bridging social capital (capital social de pontage), c’est-à-dire la création de
connexions diversifiées entre individus issus d’horizons différents. En publiant des contenus
qui ne se limitent pas strictement à l’agenda du parti, ces militants élargissent leur audience et
renforcent leur visibilité. Par exemple, (Said.B, 2024), en gérant à la fois une page dédiée au
FFS et une page à contenu diversifié, illustre cette capacité à adapter son identité numérique
pour répondre aux attentes variées de son réseau. Cette diversification des contenus contribue à
humaniser l’image du militant tout en rendant son engagement politique plus accessible et
attractif pour des publics extérieurs au cercle partisan. C’est ce que nous allons évoquer dans le
prochain titre. (Une multiplicité d'identités pour une influence unique). En effet, la stratégie
personnalisée adoptée par certains militants du FFS illustre une adaptation aux exigences
contemporaines du militantisme numérique. Elle permet non seulement d’élargir leur audience
mais aussi de renforcer leur légitimité en ligne en tant qu’acteurs politiques capables
d’interagir avec des publics variés. Cette approche souligne l’importance croissante de
l’identité numérique dans la construction du capital social et symbolique des militants engagés
sur les réseaux sociaux.

L’intégration de la variable "Compte Facebook" dans cette analyse révèle que si tous les
militants étudiés utilisent cette plateforme, leurs stratégies diffèrent significativement. Certains
privilégient une approche institutionnelle centrée sur le parti, tandis qu’un usage plus
personnalisé ou diversifié permet à d’autres d’élargir leur audience. Ces pratiques reflètent une
adaptation partielle aux dynamiques numériques contemporaines, où la quête de légitimité

187
Benkhennouche Abdelouhab, Merah Aïssa

passe autant par la gestion de son identité numérique que par la diversification des contenus
partagés. Pour le FFS, ces observations soulignent l’importance d’une stratégie numérique
collective visant à harmoniser ces usages tout en renforçant la visibilité globale du parti sur
Facebook.

4. Une Multiplicité d'identités pour une influence unique (Cas de (Said. B, 2024)

(Georges, 2009) Souligne que l'identité numérique est composée de trois dimensions :
l'identité déclarative, l'identité agissante, et l'identité calculée. Ces dimensions permettent aux
utilisateurs de naviguer entre différentes facettes de leur identité en ligne en fonction des
contextes et des objectifs poursuivis. Dans le cas de (Said.B, 2024), cette structuration est
particulièrement visible dans sa stratégie de gestion de trois pages Facebook distinctes. Saïd
gère tout d'abord son compte personnel, il a créé son compte personnel Facebook en mars
2011, en plein contexte de bouleversements politiques et sociaux à travers le monde arabe,
coïncidant avec les révolutions du Printemps arabe. La création de son compte Facebook était
motivée par des raisons purement politiques. Saïd cherchait à utiliser les réseaux sociaux
comme une plateforme de militantisme pour critiquer le régime de Bouteflika et donner son
point de vue sur les différentes problématiques politiques et sociales en Algérie. Depuis le
début, ses publications sur Facebook étaient essentiellement axées sur des analyses politiques
personnelles, tout en restant fidèle aux principes du FFS, même pendant les périodes de
désaccord avec certaines décisions du parti. C'est sur ce compte que son identité déclarative se
manifeste le plus, avec une prise de position constante et une présence marquée sur les réseaux
sociaux depuis 2011, au point de le surnommé Said FFS, selon lui. Ensuite, ilgère une page
dédiée à la section FFS de sa Commune. Sur cette page, son identité agissante se reflète dans
les publications purement politiques et militantes, où il relaie les activités du parti, les
événements locaux et nationaux, et ses propres interventions en tant que coordinateur de
section. Sur cette page, seul, les militants et les membres de la direction locale et nationale qui
connaissent son Admin Principal vise à renforcer l’engagement des militants locaux et garantir
plus de visibilité d’engagement au sein de son parti tout en projetant l’image officielle du FFS
dans sa région. De même, il administre la page "Sa Commune Sois l'Observateur", une
plateforme au contenu apolitique où il traite des affaires quotidiennes du citoyen, telles que les
problématiques locales. En gérant cette page, il cherche à élargir son audience et à établir une
connexion plus intime avec les citoyens non engagés politiquement. Il y réalise même des
publicités gratuites pour les commerces locaux, une stratégie qui renforce son capital social
dans la région. Saïd évite délibérément de publier des contenus politiques sur cette page, créant
ainsi un espace rassembleur « c’est une page rassembleuse (Said.B, 2024) et inclusif, fidèle à
une logique de proximité avec la communauté. En plus de ces trois identités distinctes, Saïd a
proposé à la direction du FFS une idée innovante : créer une chaîne Facebook à travers une
nouvelle page qui ne porterait pas le nom du FFS, mais qui aurait pour objectif d'attirer un
large public tout en faisant intervenir des cadres du parti, tels que les jeunes militants
socialistes. Cette proposition vise à unifier les différents courants du parti et à développer une
stratégie de communication massive, tout en restant ancrée dans les valeurs du FFS, mais sans

188
La construction de la légitimité et du capital social des militants
politiques à l’ère numérique.

les étiquettes partisanes habituelles. En effet, cette gestion multi-facettes de son identité
numérique montre une approche stratégique élaborée. Saïd essaie de s’adapter aux différents
publics qu’il souhaite toucher, que ce soit en tant que militant politique, figure locale, ou acteur
social dans sa communauté. En combinant ces différentes dimensions de son identité, il
parvient à maximiser son influence et à renforcer son rôle de leader dans des contextes variés,
tout en consolidant son capital social et sa légitimité au sein du parti et au-delà. Autrement dit,
la gestion stratégique des multiples identités numériques par Saïd illustre une compréhension
sophistiquée des enjeux de légitimation dans l'espace politique numérique. En naviguant
habilement entre les attentes du parti et celles de la société civile, Saïd parvient à consolider sa
légitimité à plusieurs niveaux, renforçant ainsi son capital symbolique global. Par conséquent,
au sein du parti, Saïd cultive une légitimité partisane à travers son engagement visible sur la
page officielle du FFS et son compte personnel. Cette présence numérique constante et
cohérente avec les valeurs du parti lui permet de se positionner comme un acteur clé au sein de
l'organisation. « […je suis devenu un militant important aux yeux des responsables du parti];
dit Saïd. Cette forme d'engagement contribue à ce que (Bourdieu, 1986) qualifierait de capital
culturel objectivé, renforçant sa position et son influence au sein des structures partisanes.
Parallèlement, ce rôle d'interface renforce ce que Putnam désigne comme le "bridging social
capital", créant des liens entre des groupes sociaux habituellement distincts et augmentant ainsi
la portée et l'influence de Saïd au-delà des cercles militants. Cette stratégie multi-facettes
permet à Saïd d'accumuler ce que Bourdieu nommerait un "capital symbolique" diversifié,
reconnu et validé par différents groupes sociaux. La légitimité ainsi construite n'est pas
monolithique, mais plurielle et adaptative, reflétant la complexité des interactions sociales et
politiques à l'ère numérique. En orchestrant ces différentes dimensions de sa présence en ligne,
Saïd parvient à transcender les frontières traditionnelles du militantisme, incarnant un nouveau
modèle d'engagement politique capable de résonner avec les attentes diversifiées d'une société
en réseau.

En effet, Cette peur n’est pas liée à une menace physique mais à une sanction
symbolique pouvant nuire à la réputation ou au capital social du militant concerné. Selon
(Bourdieu, 1986), cette crainte reflète une lutte pour le capital symbolique, où la
reconnaissance et la légitimité dépendent des jugements portés par autrui.

4.1 La quête de légitimité : entre attentes internes et pression externe

La participation du FFS aux élections place ses militants dans une position ambivalente.
(M. K, 2024)…. Et les autres, ils doivent simultanément défendre les choix stratégiques du
parti tout en répondant aux critiques d’une opinion publique qui perçoit cette participation
comme une compromission. Dans ce contexte, les militants s’efforcent de construire un capital
social qui leur permette de naviguer entre ces attentes contradictoires.

- En renforçant leurs liens avec les membres du parti grâce à des publications valorisant
les activités locales et nationales.

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Benkhennouche Abdelouhab, Merah Aïssa

- En élargissant leur audience au-delà du cercle militant en adoptant une posture inclusive
sur certaines plateformes numériques.

Face à la peur d’être critiqués ou stigmatisés en ligne, les militants développent des
stratégies d’adaptation pour maintenir leur engagement tout en minimisant les risques associés
à l’exposition publique. (Said. B, 2024) illustre cette résilience en choisissant d’éviter les
contenus politiques polarisants sur certaines pages publiques comme "Sa commune Soi
l’Observateur". Sur cette plateforme apolitique qui traite principalement des problématiques
locales non partisanes, renforçant ainsi son capital social auprès des citoyens non engagés
politiquement.

4.2 La persévérance dans l'Engagement Numérique

(Said.B, 2024), inspiré par une anecdote historique sur la persévérance d'un militant du
PPA durant le colonialisme, applique cette même résilience à son engagement en ligne. Même
lorsqu'il fait face à des réactions négatives ou à une absence de soutien visible sur Facebook,
Saïd continue d'utiliser la fonctionnalité d'identification pour afficher publiquement ses
alliances et son soutien aux principes du FFS. Cette persévérance est essentielle pour maintenir
la continuité de son engagement et pour construire progressivement une base de soutien solide.
L'histoire du militant du PPA (Parti du Peuple Algérien) mentionnée dans l'entretien de
(Said.B, 2024) se réfère à une anecdote qui se déroule pendant la période coloniale, avant
1954. Saïd raconte qu'un militant du PPA se rendait chaque semaine dans un village reculé de
sa région, où la conscience civique et politique était quasi inexistante. Ce militant parcourait
les ruelles du village en prononçant des discours ou des proverbes pour sensibiliser les
citoyens. La réponse initiale des habitants, selon Said, était violente : ils lui crachaient dessus.
Malgré cela, le militant revenait chaque semaine, persévérant dans sa mission. Avec le temps,
ses efforts ont fini par porter leurs fruits, et ce village a finalement adhéré dans son ensemble à
la cause du PPA.C'est à travers cette anecdote que (Said.B, 2024) perçoit son engagement en
ligne sur Facebook, en le comparant à l'engagement persistant du militant du PPA. Pour lui,
l'engagement en ligne sur les réseaux sociaux, malgré les attaques et les critiques, doit être
soutenu avec la même persévérance que celle du militant du PPA. Tout comme ce dernier qui
revenait chaque semaine malgré les réactions violentes, Saïd estime qu'il doit continuer à
défendre les positions de son parti et à influencer l'opinion publique sur Facebook, même en
faisant face à des moqueries ou des oppositions. (Said.B, 2024) Voit donc l'engagement en
ligne comme un processus de longue haleine, où les militants doivent continuer à promouvoir
leurs idées, même dans des contextes difficiles. Son utilisation de Facebook, marquée par des
publications politiques et des interventions directes, vise à convaincre et à mobiliser l'opinion,
tout en reconnaissant que ce type d'engagement nécessite de la constance et une stratégie
réfléchie. En effet, sous cette optique, nous avons mis en lumière l’importance d’une gestion
stratégique de l’identité numérique et du capital social dans le militantisme contemporain.
190
La construction de la légitimité et du capital social des militants
politiques à l’ère numérique.

Cette vision souligne également la nécessité pour le FFS d’accompagner ses militants dans
cette quête complexe de légitimité afin qu’ils puissent participer efficacement dans un
environnement numérique marqué par des tensions sociales et politiques croissantes.

5. Au-delà des bulles de filtre: Exposition contradictoire et engagement politique chez les
militants du FFS sur Facebook

Lors de mes entretiens, il est apparu que l’ensemble des militants interrogés ignorent la
logique algorithmique qui structure les interactions en ligne. Lorsque je leur ai posé la question
"Que dites-vous des bulles de filtrage ?" – en précisant qu’il s’agissait d’algorithmes qui
personnalisent le contenu en ligne et créent des environnements où les utilisateurs sont
principalement exposés à des informations qui renforcent leurs croyances existantes – aucun
des enquêtés n’a pu décrire ou expliquer cette logique algorithmique. De plus, à la question
"Avez-vous l'impression que certains contenus sont plus favorisés par l'algorithme ? Si oui,
lesquels et pourquoi ?", les réponses ont révélé une méconnaissance généralisée du
fonctionnement algorithmique qui sous-tend les plateformes numériques. Cette ignorance de la
logique algorithmique est pourtant déterminante pour comprendre comment se forment les
opinions dans l'ère numérique. Les algorithmes des plateformes telles que Facebook, tout en
étant invisibles pour la plupart des utilisateurs, influencent profondément la manière dont les
contenus sont diffusés et perçus. Ces algorithmes, en maximisant l’engagement, favorisent
l’émergence de bulles de filtre (Pariser, 2011. ). Cette personnalisation, souvent imperceptible
pour les militants eux-mêmes, crée des chambres d’écho (Flaxman, (2016)) qui limitent la
diversité des points de vue, empêchant ainsi une confrontation avec des opinions divergentes.
Comme nous l’avons expliqué dans le chapitre (problématisation). Cependant, cette
dynamique algorithmique ne se limite pas à l’amplification des opinions partagées. Dans le
contexte des dynamiques de polarisation en ligne, les travaux de (Sunstein, 2009) mettent en
lumière un phénomène paradoxal : les militants, loin d'être systématiquement confinés dans
des chambres d'écho, peuvent se trouver exposés à des perspectives diamétralement opposées
aux leurs. Cette exposition, souvent amplifiée par les algorithmes des réseaux sociaux, peut
avoir des effets inattendus sur leurs convictions politiques. Le témoignage de (Said.B, 2024)
illustre de manière saisissante ce phénomène. Il relate une période où, suivant des pages pro-
communistes sur Facebook, il s'est trouvé profondément influencé par leur discours et leurs
modes d'interaction en ligne. Cette immersion dans un univers idéologique différent du sien a
été si intense qu'elle l'a conduit à envisager de quitter son parti politique d'origine pour
rejoindre le camp opposé. Ce cas particulier soulève des questions capitales sur la malléabilité
des affiliations politiques à l'ère numérique et sur le rôle des plateformes de médias sociaux
dans la formation et la transformation des opinions politiques. Il met en évidence la complexité
des processus de socialisation politique en ligne, où l'exposition à des idées contradictoires
peut parfois, contrairement aux attentes, conduire à une remise en question profonde des
convictions préexistantes plutôt qu'à un renforcement de celles-ci. Ce phénomène invite à
reconsidérer les théories classiques sur la polarisation politique et à revoir en profondeur les

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Benkhennouche Abdelouhab, Merah Aïssa

mécanismes par lesquels l'engagement en ligne peut influencer les trajectoires militantes. Ces
contradictions répétées peuvent fragiliser leur engagement, en particulier lorsqu'ils ont
l'impression d'être isolés ou minoritaires face à des opinions opposées. Cette situation,
exacerbée par des campagnes de désinformation ou des attaques ciblées (Marwick & Lewis,
2017), peut générer une pression psychologique importante.

6. Conclusion

Cette étude portant sur la participation politique des militants du Front des Forces
Socialistes (FFS) en Algérie met en lumière à la fois les défis et les opportunités liés à
l'engagement politique dans un contexte numérique. L'analyse des pratiques en ligne de ces
militants révèle une dynamique complexe articulant la construction de la légitimité politique,
la gestion de l'identité numérique et l'influence des algorithmes sur la perception de l'opinion
publique.

Cette recherche souligne en premier lieu l'importance d'une gestion adaptée de l'identité
numérique pour les militants politiques. La diversification des contenus partagés ainsi que
l'ajustement des stratégies de communication en fonction des plateformes et des publics
traduisent une sophistication croissante des pratiques numériques. Cette capacité d'adaptation
témoigne d'une compréhension implicite des exigences du capital social numérique, où la
légitimité se construit par une pluralité d'identités et d'interactions.

L'étude met également en évidence la tension constante entre les attentes partisanes et
celles d'une opinion publique critique. Dans un contexte politique polarisé, les militants
naviguent entre ces deux pôles en adoptant des stratégies de communication nuancées pour
maintenir leur légitimité tout en évitant la marginalisation. Cette forme de participation
délicate illustre les défis spécifiques posés par l'activisme numérique dans un environnement
social et politique complexe.

La recherche révèle en outre une méconnaissance manifeste des dynamiques
algorithmiques chez les militants interrogés. Cette lacune limite leur capacité à saisir les
mécanismes sous-jacents des bulles de filtres et des chambres d’écho, qui influencent pourtant
de manière décisive la formation des opinions et l'efficacité des mobilisations en ligne. Ce
constat plaide en faveur d'un renforcement de la littératie numérique au sein des organisations
politiques afin de promouvoir un usage plus stratégique et plus éclairé des outils numériques.

L'étude souligne enfin le paradoxe de l'engagement numérique. Si les plateformes
sociales offrent des opportunités inédites de mobilisation et de diffusion des idées politiques,
elles créent également des environnements où les convictions peuvent soit se consolider soit
être profondément remises en cause en raison de l’exposition à des perspectives
contradictoires. Ce phénomène invite à reconsidérer certaines théories classiques relatives à la
formation et à l'évolution des opinions politiques.

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La construction de la légitimité et du capital social des militants
politiques à l’ère numérique.

Bien que de nature qualitative, notre étude propose des analyses transférables à des
contextes similaires, en cohérence avec les critères de validité de la recherche qualitative tels
que formulés par (Lincoln & Guba, 1985). Il convient cependant de souligner certaines limites.
Le choix des participants, bien qu'inscrit dans une démarche exploratoire, pourrait être élargi
afin d'inclure une plus grande diversité de trajectoires militantes. De même, la spécificité du
contexte algérien impose une prudence dans la généralisation des résultats, même si certaines
tendances observées peuvent entrer en résonance avec d'autres expériences militantes dans des
contextes autoritaires ou semi-autoritaires.

Les résultats obtenus ouvrent plusieurs pistes de recherche. Une première orientation
consisterait à approfondir l'articulation entre les stratégies numériques individuelles et les
stratégies collectives des partis politiques en interrogeant la manière dont ces organisations
intègrent ou non l'usage des plateformes numériques dans leur structuration interne. Une autre
piste pertinente résiderait dans l'analyse des dispositifs de formation et de soutien aux militants
pour la maîtrise des outils numériques et des logiques algorithmiques. Enfin, une approche
comparative avec d'autres partis en Algérie ou à l'international permettrait d'évaluer dans
quelle mesure les dynamiques observées sont spécifiques au FFS ou relèvent de tendances plus
larges affectant l'activisme politique à l'ère numérique.

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